"Liberté, Égalité, Fraternité " : cette devise de la République française n'apparaîtra sur le fronton des édifices publics qu'à l'occasion de la célébration du 14 juillet 1880. Elle figure dans les Constitutions de 1946 et 1958. Il aura donc fallu attendre un siècle pour que ces trois mots finissent par s'imposer et devenir le symbole de l'identité nationale. Encore fallait-il en déterminer le bon ordre. Voltaire avait donné le sien en écrivant : "Nous sommes tous égaux sur des rives si chères, sans rois et sans sujets, tous libres et tous frères." Aux premiers jours de la Révolution de 1789, on voit fleurir les formules ternaires chères aux francs-maçons : "Force, Vertu" ou "Force, Égalité, Justice", ou encore " Liberté, Sûreté, Propriété". Si Liberté et Égalité semblent rapidement s'imposer, il faudra attendre la révolution de 1848 pour que surgisse Fraternité, un mot qui n'allait pas de soi. Si, en effet, la liberté et l'égalité pouvaient être perçues comme des droits, la fraternité est une obligation de chacun vis-à-vis d'autrui. Une obligation qui traduit bien l'esprit de la révolution de 1848, un esprit auquel s'associe alors le clergé qui peut adhérer à ce devoir du citoyen déjà inscrit dans la Constitution de 1795 : "Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît. Faites constamment aux autres le bien que vous voudriez en recevoir." Autant dire que personne, aujourd'hui, ne songe à remettre en cause une devise qui mit tant d'années à incarner la France à laquelle chacun aspirait. Liberté, c'est-à-dire pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui. Egalité, qui veut dire que la loi est la même pour tous. Fraternité, car sans elle, la liberté et l'égalité conduisent à l'égoïsme.
Par Olivier via Le Point n°1951, page 73
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